Nom Masculin…

Au fond c’est quoi l’amour? Je continue à me poser la question après toutes ces années (41 ans, OK boomer) et je n’ai que des bribes d’infos jusqu’à présent, tirées de ma propre expérience. Marié avec une femme extra, on a des hauts comme des bas. Elle a eu une mauvaise expérience dans le passé, et ça influence notre sexualité. Mais malgré cette grooooosse abstinence, je suis toujours fou d’elle. Elle a son caractère, j’ai le mien. On se complète pas trop mal. Mais je me suis rendu compte que mon amour d’enfance était toujours présent dans mon cœur. Ce n’est certainement pas son cas, même si des fois son attitude me fait me poser des questions… à moins que cela ne soit que mon imagination… On ne s’est plus revus depuis longtemps, et on ne communique que par messenger. Peut-être a-t-elle juste besoin d’un confident, d’une oreille pour ses propres problèmes de couple… Peut être aussi, comme l’a dit la boss patate de ce blog, n’ai-je d’amour que pour un souvenir… Il est vrai que ce fut une relation véritablement fusionnelle entre la dame et moi, et que cette histoire restera certainement gravée dans les atomes de mon moi profond…

Mais il est un fait que j’ai à plusieurs reprises été amoureux – et qu’il m’arrive encore de l’être – de différentes manières, de différentes personnes, de « coups d’un soir » qui furent érotiquement intenses, de relations sans réel avenir, mais si actées sur le moment présent, qu’il en résulta une profonde complicité. Même une rencontre qui n’est pas allée au-delà d’un profond respect, d’un échange de sourires, ainsi que d’un fantasme si puissant qu’un frisson de désir difficilement contenu et un tremblement de jambes lorsqu’elle passe devant mon regard.

Alors c’est peut être ça l’amour… un frisson suite à un regard, deux corps à bout de souffle lors d’une nuit de sexe pur et intense, deux caractères qui se complètent parfaitement. Un fantasme sans doute inaccessible, un souvenir qui en restera un.

Peut-être est-ce tout cela à la fois. Peut-être totalement autre chose, que je n’aurais pas encore saisi…

Et vous, c’est quoi votre définition de l’amour?

Rêves confinés

La fin du confinement approche, il est temps que j’écrive ce billet sur mes rêves pendant le confinement, avant qu’il ne soit trop tard 😀

Bon, même si après le 11 mai, je suis pas sûre que ça va vraiment changer grand-chose… Disons que c’est surtout que je vais finir par ne plus me rappeler de ce que je voulais vous raconter!

J’ai entendu dire que depuis le début du confinement, un changement avait été constaté dans la nature des rêves que font les gens. Davantage de cauchemars, d’angoisse sur l’avenir, de peur de la mort. Ce que je peux comprendre. C’est compliqué de savoir ce qui nous attend dans les mois à venir, où on sera dans un an, quel monde sera le nôtre dans les années à venir. Les paris sont ouverts, on parle d’effondrement économique, et tout le monde y va de sa petite opinion, parce qu’il faut bien le dire, beaucoup de gens ont soudain beaucoup de temps et il faut bien en faire quelque chose, de ce temps! Alors on se pose, on réfléchit, on squatte les réseaux sociaux, on grommelle et on s’indigne un peu, comme tout le monde. Y’a sûrement de quoi, au fond, on trouve toujours une raison de râler quand on en cherche.

Râler c’est pas tellement mon genre. Bien sûr que je râle, mais essentiellement quand il n’y a que moi pour le faire, je râle quand on m’a dit qu’on ferait quelque chose qui n’a pas été fait, je râle quand on me casse les oreilles, ou les pieds, et encore, j’essaie d’éviter. Mais pour des trucs pour lesquels je ne peux rien et qui ne me concernent en rien, bah… Enfin pour l’essentiel, ce confinement c’est du pain béni pour moi. J’en ai déjà parlé, inutile que je vous rebatte les oreilles avec tout ça, mais c’est vrai que le confinement est tombé pour moi juste après une période très compliquée, et a été le contexte d’une belle reconstruction amoureuse. Je dirais que j’en ai une vision très positive. Ça me manque de danser, d’aller randonner à pied ou à cheval, de voir les gens que j’aime et avec qui je ne vis pas, de faire des projets de voyage, des virées pour le week-end, mais au quotidien, rien ne me manque vraiment. Je partage de bons moments avec mes proches, même si certains je ne les vois que par écrans interposés. On prend soin de nous, on cuisine de bons petits plats, on profite du soleil, des fleurs, du calme, de ce calme incroyable à l’échelle de la ville, du pays, du monde. Je travaille mieux aussi, je suis moins fatiguée et plus concentrée de manière générale.

Mais c’est vrai que mes rêves ont changé! (Haha, vous avez cru que j’avais oublié le sujet de ce billet, hein! Mais non!) Oh, ils ne traduisent pas vraiment plus d’angoisse, de mal-être. Je suis dans un bon contexte, je le sens, et mes rêves me le disent aussi. Déjà, je me rappelle davantage de mes rêves. C’est assez logique, je me lève plus tard, j’ai plus le temps de faire des rêves et de m’en rappeler. Côté contenu, comme d’habitude, je rêve de mes amis, de ma famille, de photo, d’appartements inconnus, de course poursuites…

Mais par rapport à d’habitude, je rêve beaucoup plus de rencontres, celles que je ne fais pas en restant confinée je suppose. Je rencontre des femmes magnifiques, au hasard dans la rue, nues dans un sauna, elles ont de belles courbes, des lèvres exquises, des tatouages envoûtants. Elles dont douces et avenantes, et elles m’aiment bien. Je sors avec elles, je les masse, je les caresse…

Et puis je rêve de sexe, vous savez, des rêves érotiques comme je n’en fais quasiment jamais. Du sexe de groupe, du sexe oral, des shootings photo ou vidéo porno, des rêves où j’arpente le dernier club libertin à la mode, où je regarde, où je participe… Des rêves qui me font penser au sexe quand je suis réveillée 😀

Bon, c’est pas vraiment les rêves confinés classiques… ou est-ce que ça l’est? Avoir du temps et prendre soin de moi, ça peut effectivement m’amener au sexe ^^ Et puis mes rêves de rencontres, c’est vrai que ça avait commencé un peu avant le confinement, c’est un peu mon truc du moment depuis 6 mois, un an, voire deux ans.

Mes rêves ne sont pas plus bizarres que d’habitude, et plutôt moins effrayants. Ils sont surtout pleins de gens, des gens que je connais ou pas, des gens avec qui j’échange quelque chose de spécial, dans un regard, une caresse, une activité partagée. Toute cette chaleur humaine qui est tenue à distance en ce moment. C’est une part de moi qui ne se laissera pas oublier aussi facilement…

Et vous, ils sont comment, vos rêves confinés?

Vieillir

Je me disais en janvier qu’il y avait de plus en plus de personnes qui me manquaient. Que peut-être, vieillir, c’était avoir de plus en plus de gens qui me manquent. Des amis perdus de vue, des amours rompus. Que ma vie commençait à ressembler à un gruyère, plein de trous, et que j’aimais pas trop trop ça, aussi.

Le polyamour, pour moi, c’est la liberté d’aimer, mais aussi s’affranchir de l’obligation de se quitter pour partir faire autre chose. Dans mon idéal, le polyamour, c’est ne plus perdre personne. Alors oui, ça ne se passe pas toujours comme ça en vrai. Il peut toujours y avoir des raisons de se perdre. D’ailleurs parfois, il y a aussi des raisons de se retrouver.

Je me demande si je vieillis. J’ai pris mon deuxième cheveu blanc en ce début d’année. Le premier était apparu quand j’avais perdu un grand amour de ma vie. Le second est apparu 5 ou 6 ans après, quand j’ai perdu un autre grand amour de ma vie. C’est quand même marrant, ces cheveux blancs qui poussent à des moments stratégiques. C’est loin de me faire une jolie mèche à la Malicia ou à la Polgara, pas encore. Disons que je ne vais pas trop chercher à avoir une mèche entière… Perdre autant de grands amours de ma vie, je n’y survivrais pas.

Je réfléchis à ce que je veux faire de mon corps en ce moment. Réflexion qui a commencé en même temps que j’envisageais d’avoir des enfants, qui a continué quand ça n’a pas marché. Réflexion qui me suivra encore longtemps je crois, alimentée en ce moment par ma lecture (Le corps des femmes, que je vous conseille fortement). Ce corps, j’en prends soin depuis toujours et j’ai commencé il y a déjà un moment à le décorer, à lui rendre hommage. J’en apprécie la liberté, quand j’ai envie de voyager, de rencontrer de nouvelles personnes. J’ai aussi envie d’orner encore mon corps, de le célébrer.

Je vois autour de moi des gens qui sont parents, il parait que ça fait vieillir ça. Franchement, je ne les trouve pas plus vieillis que ça. Je suppose que c’est quand les enfants grandissent, que les parents vieillissent, quand les enfants ont 20 ou 30 ans, et que ça les ramène autant en arrière, ça doit donner un coup de vieux. Moi, quand je regarde 5 ans en arrière, ça me semble déjà une éternité. Alors que regarder 20 ou 30 ans en arrière, ben… j’étais une gamine, je suppose que ça me donne un coup de jeune.

Il se passe tellement de choses en juste une année. J’ai l’impression de vivre, pas de vieillir, et je suppose que c’est un peu de ça qu’il s’agit. Je propose qu’on ne s’arrête simplement pas de vivre, pour ne pas vieillir. Qu’est-ce que vous en pensez?

Se raconter

C’est difficile, de parler de soi. De parler de choses intimes sur un blog. D’exprimer ses sentiments, d’exprimer de l’amour. Pas juste parler d’amour, mais parler de son amour, de ses amours, de ce qui nous est le plus cher, le plus précieux, ce qu’on a envie de protéger, de garder pour soi, à soi, en soi, profond, enfoui, à l’abri.

J’ai pris l’habitude de le faire, et je crois que ça vient du polyamour, en fait. Parce que je ne suis pas restée centrée sur une personne, mais j’ai eu envie de continuer à pouvoir parler à d’autres, me confier à d’autres, sur des sujets intimes. J’ai raconté mes histoires d’amour à plusieurs amoureux. Et puis aussi à ma sœur, et puis à des amis très proches, et puis à plein d’amis et à ma famille quand on a ouvert notre couple officiellement ; ensuite à des connaissances, et aussi à des gens que je ne connais pas du tout, mais qui s’intéressent au sujet du polyamour.

J’avais besoin de ce partage d’expériences, d’avoir des retours sur ce que je faisais, me sentir acceptée et aimée par mes proches telle que j’étais, savoir qu’on n’était pas seuls aussi, et qu’on pouvait trouver d’autres gens qui pensaient comme nous. Et pour ça j’avais besoin de pouvoir parler de ce que je ressens, de ce que j’aime dans ce mode de vie, de ce qui est difficile, de mes doutes, de mes inquiétudes, j’avais besoin de savoir que d’autres personnes étaient au courant de ce que je vivais et pouvaient m’aider, me soutenir, me faire voir les choses autrement, me tirer la sonnette d’alarme quand il le fallait aussi, et donc que je pouvais leur parler ouvertement, en confiance, en confidence, parler d’amour, de sexe, de jalousie, d’espoir ou de désespoir, d’hygiène de relations, de ce qui est sain ou pas.

Mais ça n’avait rien d’évident au début. Je me rappellerai toujours de ce moment où la femme d’un ami (qui allait devenir mon amant) a découvert que je parlais de sexe avec son époux. Pour elle, c’était un sujet qui ne pouvait être abordé qu’au sein d’un couple. Elle pouvait éventuellement en parler avec ses amies. Mais que lui en parle, et en particulier qu’il en parle avec une femme, ça n’était pas prévu! Il y a plein de sujets tabous comme ça, qui sont censés rester dans le couple et ne surtout pas en sortir, sans quoi le couple est en quelque sorte trahi. Je n’ai jamais compris cette position. Est-ce qu’il faut attendre d’avoir des problèmes insurmontables dans un couple pour enfin parler de sujets « tabous » avec une personne extérieure? Est-ce qu’il faut forcément que ce soit avec un psy, que ça coûte une blinde? Est-ce que ça ne peut pas être fait facilement, gratuitement et si possible avant que les problèmes deviennent énormes, en parlant avec des amis?

On peut arguer que ma bienveillance vis à vis de ce couple n’était pas sans failles, quand on s’apprêtait à tromper nos conjoints respectifs pendant des années, et c’est vrai, cette histoire en est ternie. Mais je maintiens que pouvoir parler de nos relations dans ce qu’elles peuvent avoir d’intime, se sentir libre de le faire sans avoir à demander la permission à chaque fois, ça peut être nécessaire, d’une part, et ça ne les rend pas moins intimes. Il faut le faire avec respect, bienveillance, avec tact, certainement, en gardant en tête les personnes concernées, la relation elle-même, c’est sûr, mais je revendique le droit d’en parler. De pouvoir se confier à d’autres. De pouvoir me tromper, même, et de pouvoir présenter des excuses quand quelqu’un se sent trahi dans sa confiance. Je ne suis qu’humaine. Et ce que je confie, c’est tout aussi moi, et tout aussi humain. Ce sont des histoires qui m’appartiennent comme elles appartiennent à d’autres, et ma façon d’en parler, elle n’appartient qu’à moi. Je la revendique, et j’en assume la responsabilité, qui va avec.

On m’a fait remarquer que j’arrive à exprimer dans mes billets l’amour à travers mes mots, que c’est beau. Et que c’est très difficile pour certains, d’exprimer l’amour, pour les hommes surtout, parmi ceux que je connais. Je réponds qu’il s’agit d’entraînement, mais pas que. Ça commence par cette revendication, par sortir de la posture de base que l’intime on n’en parle pas. Il faut commencer… par en parler.

Il n’y a pas forcément tant de gens que ça qui veulent nous entendre parler de nos histoires d’amour! Il faut les rechercher, les encourager. Et quand on en a l’occasion, parce que c’est rare, il faut en profiter. Il faut parler. De ce qui est difficile, de ce qui se cache derrière nos carapaces. De nos histoires, de nos envies, de nos rêves. L’intime, c’est le sel de la vie. C’est dommage de ne pas en parler avec les gens qu’on aime, la famille, les amis.

J’aime bien que mes amoureux puissent parler avec d’autres de ce qu’ils partagent avec moi. J’aime bien en contrepartie savoir à qui ils en ont parlé, puisqu’il s’agit aussi de mon histoire : j’aime bien la voir voyager, et pour la voir voyager, il faut encore que je sois au courant qu’elle voyage 🙂

Comment parler de ses sentiments? Vous savez, ce moment où vous avez le ventre noué d’angoisse, où vous balbutiez, où vous cherchez les mots sans les trouver, les jambes qui tremblent, les sueurs froides, la peur de ne pas être à la hauteur, d’être rejeté? Il n’y a pas 36 façons de faire, c’est comme pour tout ce qui demande du courage, il faut réfléchir un peu, trouver un ou deux mots, même s’ils sont nuls, prendre la décision de parler, et puis après, très vite, débrancher le cerveau avant qu’il trouve des tas de raisons de ne pas le faire, débrancher tout et se jeter à l’eau.
Ça ne donne rien parfois, mais je préfère avoir parlé de ce que je ressens et que ça ne donne rien, que de n’avoir rien tenté. Mettre la peur et l’angoisse derrière, et avancer.

Trouver les bons mots, qui expriment ce qu’on ressent, ça aussi, c’est une affaire d’entraînement. Quand vous commencez à parler de vos histoires intimes, tout est inconfortable, les mots sont mal choisis, vous vous empêtrez dedans, vous n’arrivez pas vraiment à vous faire comprendre, à exprimer ce que vous ressentez vraiment. On commence tous comme ça. Après la discussion, le soir, le lendemain, ou la semaine suivante, on repasse le discours dans notre tête, et on voit tous les trucs qu’on aurait dû dire autrement. On corrige, on rajoute, on précise, on refait un mail, un coup de fil, ça sert pas à grand chose, mais on apprend. Et puis la fois suivante, quand on raconte son histoire à quelqu’un d’autre, on la raconte un peu différemment. On est plus à l’aise sur certains passages, ils sonnent mieux. On arrive à faire passer de l’émotion, d’ailleurs le signe c’est qu’on arrive à s’émouvoir soi-même juste en racontant. On s’emmêle quand même les pinceaux, on raconte tout dans le désordre, ça n’a ni queue ni tête c’est n’importe quoi, parce que quand on parle de sentiments tout vient en vrac et se bouscule, et en fait c’est normal, c’est le propre des émotions de faire ça. Alors la fois d’après, on essaie de bien réfléchir par où commencer l’histoire, et à bien raconter dans l’ordre chronologique, mais en fait il y a des passages qui sont chiants comme ça ; alors quand on re-raconte encore une fois, on fait autrement, on commence n’importe où, et on raconte par morceaux, juste ceux qui viennent, et c’est bien aussi. Peu importe, du moment que c’est vrai, et qu’on se livre à l’autre comme ça.
L’histoire change à chaque interlocuteur. Non pas que les faits aient changé, mais notre réflexion progresse au fur et à mesure. On en retire à chaque fois de nouvelles choses. La personnalité de l’ami à qui on parle fait qu’on met en valeur une facette plutôt qu’une autre, et puis chacun y va de ses questions, notre réflexion en est enrichie, bouleversée parfois.

Et puis surtout, quand on parle à quelqu’un, il arrive qu’il nous parle aussi en retour. Il a sa propre histoire, il nous la raconte avec ses propres mots, ses ressentis qui sont différents, qu’il n’exprime pas de la même manière. On apprend de nouvelles possibilités, de nouvelles expressions. On apprend aussi la tolérance vis à vis de soi-même, en la pratiquant vis à vis des histoires des autres, de leurs incohérences, de leurs propres doutes. On se rend compte enfin que la confiance entraîne la confiance, et qu’il serait possible que nos histoires soient mieux protégées quand elles sont partagées, si c’est avec des personnes bienveillantes.

Et vous, comment vous vous racontez?

En direct du confinement

J’ai vu pas mal de gens qui faisaient un journal de confinement. C’est chouette, tous ces gens qui se mettent à écrire, qui se jettent dans des projets, je trouve ça vraiment bien. L’ennui stimule la créativité parait-il, et se poser un peu permet de prendre du recul et de réfléchir, donc c’est une bonne période pour ça.

Je ne sais pas comment je ferais un journal de confinement. D’habitude il se passe plein de choses dans ma vie, mais là, le premier jour c’est comme le jour 12 ou le jour 27, je ne sais pas à combien de jours on en est et je m’en fiche un peu. Le temps s’est comme arrêté pour moi, avec les projets, les rêves. Les jours ne sont pas monotones, ni vides, ils sont joyeux, remplis de lumière, de bons moments, de douceur et de bonheur. Mais ils se fondent tous les uns dans les autres. Chaque jour, on vaque à nos occupations, et puis on mange ensemble. Je me pose dehors au soleil, je regarde les fleurs qui s’ouvrent – il y a 3 semaines c’étaient les forsythias, puis les tulipes, les jacinthes, les jonquilles, les pâquerettes, les fraisiers, maintenant ce sont les roses, les pavots oranges, les fleurs de pommier, les iris, bientôt ce seront les oeillets, la glycine, et puis les althéas. Je regarde les feuilles du figuier se déplier et les petits bébés figues grossir lentement, le pollen qui se dépose partout, les colombes qui s’élèvent dans le ciel, j’entends les oiseaux chanter, les voisins jardiner. C’est comme des vacances, sauf que je travaille. Et puis je lis, je joue, je peins des chouettes, je regarde des films, je fais la vaisselle, je cuisine parfois, comme d’habitude.

J’essaie de garder contact avec le monde extérieur, comme d’habitude aussi, en fait. On voit moins de gens, mais j’avais déjà pris l’habitude de papoter avec les uns et les autres régulièrement, sur le chat ou au téléphone ou par mail quand on ne peut pas se voir en vrai. J’échange plus que de coutume avec ma famille. Il faut dire aussi que le début du confinement a étrangement coïncidé avec mon acquisition d’un smartphone, et me voilà donc propulsée dans les partages de photos et les appels vidéo familiaux.

Les groupes facebook que je suis sur le polyamour n’ont jamais été aussi actifs que pendant cette période un peu particulière qu’est le confinement général. Je suppose que les gens ont globalement un peu plus de temps pour se poser, pour réfléchir à leur vie, et dialoguer sur les réseaux sociaux à défaut de voir leurs proches en vrai. C’est peut-être aussi plus facile d’envisager de se jeter à l’eau en ce moment, quand ça reste complètement théorique!

Oui parce que c’est une période assez compliquée, pour le polyamour. Quand le confinement est tombé, certains ont dû décider s’ils allaient se confiner avec un amoureux, avec l’autre, ou rester tous seuls comme d’habitude. Mais du coup, les amoureux qui ne vivaient pas ensemble et n’ont pas souhaité se confiner ensemble (ce qui peut être assez désastreux en soi, ce n’est généralement pas pour rien qu’ils ne vivaient pas ensemble) ne peuvent plus se voir, se toucher, s’embrasser, se câliner. Ceux qui se sont confinés ensemble essaient de continuer à se supporter en vase clos. Et pour rencontrer de nouvelles personnes, pendant le confinement, certes on peut le faire virtuellement, ça peut déjà être sympa, mais pour moi il y a une étape importante qui est la rencontre en vrai, et comme on ne peut pas vraiment l’envisager pour le moment, c’est un peu compliqué de se projeter dans de nouvelles choses je trouve…

Pour moi qui aime rester chez moi, qui ai un jardin, une terrasse où je peux me poser tranquille pour télétravailler, prendre l’air et le soleil, et qui vis avec des gens que j’aime, le confinement c’est pas vraiment le bagne. Certains diraient que j’ai de la chance. Alors oui, mais j’ai aussi fait des choix et pris des décisions pour m’amener ici, dans une maison avec un jardin, dans une vie en communauté, en faisant les compromis et les sacrifices qui vont avec. Là où j’ai de la chance, c’est de travailler dans une super boîte qui en ces temps difficiles est plutôt en bonne forme, prend soin de ses employés, et dans une super équipe où je me sens bien. Je mesure cette chance depuis le début. J’ai aussi fait des choix qui m’ont amenée là, notamment de quitter de moins bonnes boîtes, mais je sais que ça ne suffit pas toujours à en trouver une bonne.
Ici le confinement, ça veut dire que mon époux et moi n’avons pas à perdre des heures dans les trajets pour aller travailler, surtout lui qui prend le train pour aller en ville et commence plus tôt que moi le matin. Il peut un peu plus se reposer et c’est vraiment pas du luxe! Pour ma part, j’étais persuadée que mon poste pouvait très bien être fait en partie en télétravail (voire en grande partie) et je dirais que ça se confirme de manière assez évidente. Le télétravail ne nous empêche pas de faire des réunions, d’échanger avec nos collègues, surtout en ce moment, on prend des nouvelles les uns des autres, on vérifie que tout le monde va bien. Ça demande de l’organisation, de bons outils informatiques (et un réseau potable chez soi aussi). Enfin, il fallait surtout essayer…

Avec les amis, on fait des jeux de société en ligne sur BGA ou du jeu vidéo sur steam, avec un serveur discord pour papoter : c’est un peu comme s’ils étaient là, dans le salon avec nous, mis à part qu’on ne cuisine pas pour eux et qu’on ne partage pas leurs virus non plus.
Avec les amoureux, on s’écrit, on s’appelle, on maintient le contact, on s’envoie des photos, des vidéos, des petits morceaux de vie, des sourires. On se manque, on attend de pouvoir se revoir avec impatience, de pouvoir refaire des projets, des rêves, des activités ensemble, de pouvoir aller se balader où on veut pendant toute la journée. Certains diraient que j’ai de la chance, d’avoir des relations solides où on peut effectivement se dire qu’on se reverra et simplement attendre. Je dirais là encore que ce n’est pas tellement de la chance, mais que j’ai fait les choix et les décisions qui allaient dans ce sens, avec les compromis et les sacrifices qui vont avec, en payant le coût.

En ce moment, il y a une personne qui me manque beaucoup. Mes choix et mes décisions, tout comme les siens, nous ont séparés, et en ce moment, j’ai du temps pour y penser, pour me sentir heureuse et pour sentir que j’aimerais partager ce bonheur avec lui, et qu’il n’est pas là. Avant ça, j’ai été malheureuse pendant un moment aussi, et j’avais également du temps, et je regrettais qu’il ne soit pas là pour m’aider. Je crois qu’en cette période de confinement, nos esprits vagabondent vers ceux qui sont loin, ceux qu’on a perdus. Personne n’est là, mais ceux-là le sont encore moins. Ce n’est pas facile de rester dans le moment présent, de regarder les fleurs pousser et d’écouter les oiseaux chanter, quand toutes nos pensées s’envolent vers le monde, vers ceux qui ne sont pas là. C’est un exercice que je fais chaque jour, plusieurs fois par jour, de me recentrer sur ce qui est là, et ce qui me fait du bien, plutôt que de penser à l’absence qui m’angoisse, me fait du mal et me rend de mauvaise humeur. Un petit effort de volonté, du lâcher-prise, je ne sais pas. C’est surtout mon envie de contact avec la nature, avec ce et ceux qui m’entoure, d’être à ce que je fais, de sentir le soleil sur ma peau, les caresses de ceux que j’aime, de contempler la beauté des choses autour de moi, de jouir de bons repas, de moments de détente, de m’amuser et de profiter de la vie, même confinée.

Cette vie, c’est toujours la seule que j’ai, et la seule que je veux vivre.

Et vous, comment il se passe, votre confinement?

Quand on est tombés amoureux

C’est vrai que je ne vous ai pas raconté, c’est une jolie histoire, celle de quand on est tous tombés amoureux.

L’histoire commence quelques années en arrière, fin 2014, avant qu’on tombe amoureux, quand je trompais mon époux ne trompais plus mon époux parce que mon amant caché, notre ami, avait décidé de se recentrer sur sa famille, et on lui avait dit adieu. On s’était mis à la recherche d’une maison à la campagne, pour changer de notre appart en ville. Et on avait commencé à sympathiser avec un collègue de mon époux à lunettes et cheveux longs, à l’humour douteux. Je l’ai tout de suite bien aimé, parce qu’il souriait tout le temps, et puis aussi parce qu’il nous a rapidement intégrés à son entourage. On l’avait invité à jouer chez nous, il nous avait invités à jouer chez lui, et puis il nous a présentés à un de ses amis les plus proches, un individu à l’humour douteux et cynique, avec autant de lunettes et encore plus de cheveux, et sa compagne, encore plus réservée que moi de prime abord. Je me rappelle bien de cette soirée passée avec des gens que je connaissais peu, qui jouaient à un jeu de figurines auquel je ne voulais pas participer. J’en ai des souvenirs très clairs, c’était une bonne soirée pour moi, pleine de calme et de sérénité, ce qui rime avec volupté. Ils s’inquiétaient qu’on s’ennuie, les deux filles un peu réservées, l’une qui s’était mise sur un jeu vidéo, l’autre qui ne touchait pas au bouquin qu’elle avait amené, toute occupée qu’elle était à les regarder tous jouer. Ce collègue est à présent un ami de longue date. Son ami et sa compagne, et bien… ça a évolué doucement.

On les a revus par la suite, lui quelques fois, quand il n’était pas en train de mourir d’une pneumonie, elle un peu moins, parce qu’il n’était pas aisé de la faire sortir, même en usant de stratagèmes à base de thé et de petits gâteaux. Ils étaient là le jour où on a trouvé la maison qu’on allait acheter, ce soir-là au resto où on rencontrait toute la fratrie C. J’ai des souvenirs un peu flous de cette soirée, à la mesure des photos que j’en ai ramené. Il y avait du stress, on rencontrait de nouvelles personnes, mais surtout on venait de visiter notre future maison et il fallait qu’on fasse une offre au plus vite pour la réserver! Je me rappelle qu’en sortant du resto, on avait fait un bout de chemin à pied pour rentrer, on était passés devant une statue qui avait été installée cette année-là, représentant un homme nu qui en porte un autre dans ses bras (qui est en fait lui-même). J’aime beaucoup cette statue, à chaque fois que je passe à cet endroit, ça me renvoie des années en arrière, à ce moment précis. J’avais le sentiment que tout tombait au bon endroit, au bon moment, qu’on en avait bavé mais que là, il y avait quelque chose de bien et de précieux qui était en train de se passer. Le stress coulait sur moi, je me sentais juste bien, alignée avec moi-même. Je n’avais pas tout dit à mon époux, mais je ne lui mentais plus, on avait perdu des amis, mais on pourrait en avoir d’autres, je laissais des choses derrière moi pour m’ouvrir à d’autres, c’était un bon sentiment.

Cette année-là, je me suis rapprochée de toute la fratrie C. On a déménagé, il y a eu une pneumonie, des puzzles et un tournoi de jeu de figurines dans notre nouvelle maison. Et puis on s’est un peu perdus de vue. L’année suivante, on l’a revu lui, quelques fois, pour des jeux, elle sensiblement moins, je crois qu’elle se méfiait de moi. Ça n’a pas aidé quand je me suis mise à tresser les cheveux de son compagnon, manifestement le contact passait bien entre nous. Je me suis ouverte de plus en plus à lui par mail. Ils ont fait évoluer leur couple vers la non-exclusivité, et j’ai couché avec lui. Juste après, mon époux tombait sur un mail que je lui avais écrit, racontant toute mon histoire, et ainsi il apprenait tout.

Je n’allais pas le revoir seul à seule avant un moment, mais j’ai pu continuer à parler avec lui. Pendant cette période il s’agissait surtout pour moi de donner de la sécurité, de l’espace et du temps à mon époux pour reconstruire la confiance dans notre couple, changer notre communication, nos habitudes, et le laisser faire son chemin, maintenant que c’était débloqué. Et pendant ces quelques mois, ils nous ont accompagnés avec bienveillance dans la traversée de cette épreuve. Il est devenu un ami pour moi, un confident, et un ami aussi pour mon époux, qui s’est également rapproché d’elle au fil du temps. Elle était encore un peu méfiante je crois, mais la situation s’était éclaircie de notre côté, il n’y avait plus vraiment de zones d’ombre, et dans ce nouveau contexte, on l’a un peu plus vue. Des liens se sont tissés entre nous quatre, de la complicité, de la confiance. Il faut dire que j’ai la confiance facile, surtout quand elle est amplement méritée. En parallèle, mon époux construisait une liaison avec mon ex-amant caché de plusieurs années, que j’ai finalement pu retrouver, mais c’est une autre histoire.

Tout ça nous amène à un moment de grâce, dans la continuité du chemin que suivait notre mariage : j’ai regardé mon époux retomber amoureux.
Ce n’était pas vraiment la première fois, il était déjà tombé amoureux de notre ami, comme moi, mais ça s’était passé sans que ce soit assumé, sans qu’on puisse en parler. Cette fois, avec cette jeune femme qui s’ouvrait doucement à lui, qui se méfiait encore de moi, et dont le compagnon partageait à présent une certaine complicité avec moi, c’était très différent. Ça s’est passé dans la lumière, tout doucement, non sans me rappeler nos débuts amoureux avec mon époux, avant qu’on se fiance. Et j’ai eu la chance de pouvoir assister à ce spectacle, joyeux et émouvant, de la naissance de quelque chose de beau.
C’était vraiment assez drôle. Ils sont plutôt prudents et timides, tous les deux. On les invitait chez nous pour regarder un film, installés tous les quatre dans notre grand canapé, et on s’arrangeait, son compagnon et moi, pour les laisser tous les deux au milieu. Au début ils n’osaient pas se frôler, et puis un soir, leurs mains se sont touchées. Et un autre soir, elles ne voulaient plus se décoller!

Pour mon anniversaire, ils avaient décidé de décorer la maison et de préparer le repas ensemble, pendant que je travaillais. Ils ont échangé leur premier baiser juste avant que je rentre avec son compagnon, et je crois qu’on n’a pas pu en parler avant le lendemain. C’était pas très serein, je me rappelle de cette ambiance étrange quand on mangeait entre amis le délicieux repas plein de couleurs qu’ils avaient préparé, sous les pliages arc-en-ciel. En même temps, je trouve souvent l’ambiance étrange à mon anniversaire. C’est peut-être étrange pour moi de ne pas courir partout quand on accueille du monde, et de juste me poser et regarder…
La soirée suivante, celle de nouvel an, on faisait des jeux et à la fin de la soirée, quand les gens commençaient à partir, on les a retrouvés sur le canapé, endormis l’un contre l’autre, sans qu’il soit possible de les décoller. Nos amis savaient qu’on avait ouvert notre couple, mais pas qu’on construisait quelque chose avec eux, encore que certains devaient s’en douter. Fi de ce qu’ils pourraient en penser, la prudence et la réserve avaient finalement laissé place à l’impérieuse nécessité d’être ensemble. On les a laissés sur le canapé, en ajoutant quelques oreillers et une couette (ils n’étaient plus vraiment accessibles à ce genre de considérations bassement terrestres, mais les nuits peuvent être froides même quand on est amoureux!) et on a été dormir ensemble de notre côté.

On a passé les jours suivants ensemble, tous les quatre. Ils se sont avoué leurs sentiments, et de mon côté, j’ai pu passer à nouveau du temps seul à seule avec lui. On avait un peu tout fait dans le désordre, mais tout était là, et on a suivi nos sentiments de notre côté aussi. Je crois bien que les quatre « je t’aime » ont été dits au cours de la même nuit, dans deux pièces différentes, encore que certains ont été plus difficiles à sortir que d’autres. Il est devenu mon amant, elle est devenue sa chérie.
Cette année commençait sous les meilleurs auspices. Elle a ensuite été riche d’aventures, d’ouverture, d’enseignements, marquée par l’évolution de nos différents couples, par des doutes et des ruptures aussi. Je suis devenue de plus en plus amoureuse de lui, avec les mois, les années ; notre relation qui était si facile au début, est devenue plus compliquée par la suite. Mon époux et sa chérie, qui ont rencontré plus de difficultés au début, ont réussi à solidifier leur relation. C’est un beau chemin, plein d’amour, de bienveillance, mais aussi d’écueils et de rebondissements inattendus. Les émotions nous submergent parfois. Tout ce qui peut faire peur dans le fait de tomber amoureux, c’est bien présent, les choix cornéliens, les impacts forts les uns sur les autres.
Quelle douce folie, d’être amoureux. Mais je ne voudrais pas vivre autrement.

Fièvre sériephile

J’ai eu un peu de temps dernièrement (…), alors j’ai regardé plein de films et de séries. Au milieu de cette fièvre sériephile, il y avait quelques trucs en rapport avec le sujet de ce blog.
« Polyamory, married and dating » : Bon en fait c’est pas mal. J’étais pas sûre au début. C’est quand même de la télé-réalité, et ça j’aime pas trop. Et puis ça commençait mal, avec dès le début ce veto utilisé dans une triade, et les vetos j’aime pas trop ça non plus. Je n’ai rien contre les vétérinaires hein, je parle bien de l’idée de veto d’un partenaire amoureux à l’encontre d’un autre (voir cet article pour plus de détails).
Mais ça parle de plein d’autres choses intéressantes, et plus qu’en parler ça les montre, ce qui finalement fait tout l’intérêt de la télé-réalité dans ce cas. On voit une discussion pour établir des règles de safer-sex et de fluid-bonding, certes un peu coupée et montée en accéléré, mais c’est parlant. On voit des jeunes et des moins jeunes faire des coming-out à leurs parents, leur angoisse, leur soulagement. On en voit qui font des erreurs, qui reconnaissent leurs erreurs, qui bataillent avec leurs sentiments, la jalousie, la colère, la peur, le désarroi. On voit l’ambiance d’un « poly potluck » (https://fr.wikipedia.org/wiki/Potluck) – on n’a vraiment pas de mot français pratique pour désigner ce genre de rassemblement où chacun amène un peu à manger? Vous proposez quoi?
Les derniers épisodes de la première saison sont vraiment jolis, j’ai adoré la fin. On voit ce que ça peut représenter pour des polyamoureux, d’avoir le soutien de leurs amis, d’une communauté. On voit une cérémonie d’engagement poly, avec un petit rituel du ruban. La triade se fait tatouer des alliances : 3 lignes sur l’annulaire droit, avec une étoile rouge parce qu’ils sont des révolutionnaires.
L’ensemble de la série fait un peu plus de sens que « You me her » je trouve, peut-être justement parce que c’est de la télé-réalité. Dans le polyamour, la réalité dépasse la fiction. Nos histoires vraies sont intenses, dramatiques, pleines de retournements, de trahisons, de rédemption, de lutte, de bienveillance, de folie.
« Apple tree yard » : une mini-série britannique de 4 épisodes d’une heure mettant en scène une actrice que j’avais bien aimé dans Chernobyl, Emily Watson. Je la recommande pour de multiples raisons, ça parle de viol, de mensonges et de rédemption, d’enquête et de procès criminel, de féminisme, de psychologie et de maladie mentale. Et puis ça parle d’infidélité, de celle que j’ai connue, de comment on s’enlise dans un mensonge, de comment on en sort sans l’avoir voulu, de la terreur absolue que ça peut représenter. Ça parle de doutes impossibles à résoudre, de la fragilité de l’amour quand il est secret et inconnu de tous, des illusions et des histoires qu’on se raconte, et des désillusions en conséquence. Ça parle de la violence de l’amour. Ça parle du peu de contrôle qu’on a sur les autres, et parfois même sur soi.
C’est une série assez dure, mais présentée avec beaucoup de douceur, de révérence. Le flegme britannique doit y avoir une part sûrement. Et puis l’auteur du roman dont est issue la série, ainsi que la scénariste et la réalisatrice de la série, sont des femmes, et je crois que ça se sent.

Une rupture

Une rupture me laisse toujours partagée. Entre l’idéalisme rêveur à l’idée des premiers moments, de ce qui aurait pu être et le (res)sentiment que tout a été gâché, mon cœur balance. Parfois je voudrais pleurer de dépit sous le coup de ce tourbillon d’émotions. Il y a bien longtemps que je ne parviens plus à pleurer pour ça. Alors j’écris. Je noircis des pages jusqu’à me saouler de mots. Jusqu’à avoir l’impression que tout a été dit. J’écris pour que tous ces mots ne m’étouffent pas.

Après tout, qui n’a jamais regretté n’avoir pas encore une chance, un dernier regard, un ultime sourire pour atténuer la déchirure? Une minute de sursis pour que la douleur ne s’attarde pas, que le soulagement mêlé de rancœur fasse rapidement ses bagages et qu’enfin on puisse se retourner sur ces jours avec fierté.

Je vois mes relations comme des mandalas, ces oeuvres tracées au sable de couleur par les moines. J’y mets tout ce que j’ai, bien que je les sache éphémères. Par éphémères, n’entendez pas que je considère que toutes mes relations ne vivront que quelques semaines. Pour avoir touché le fond, je sais simplement que la vie n’est pas infinie et que je pourrai très bien n’être plus demain. Une maladie ou un accident ne frappent pas à la porte avant d’entrer. Certains trouvent cet état de fait déprimant. Pour ma part, il me pousse à mordre à pleines dents dans chaque occasion qui m’est donnée, simplement parce que c’est peut-être la dernière.

J’ai mis tout mon cœur dans ce mandala et il m’a beaucoup enseigné, comme à chaque fois. Je me sens vidée et pourtant je sais que je n’aurais pas pu mieux faire. Qui sait, peut-être que d’autres mandalas suivront?

Pierre : mon agresseur

Le billet du jour comporte une scène d’agression pouvant heurter certaines personnes. Si tel est votre cas, je vous suggère de sauter le paragraphe entre les hashtags.

À Noël dernier, j’ai entendu ma grand-mère dire à ma sœur de faire attention la nuit lorsqu’elle rentre tard d’une soirée. Tout mon être a eu envie de hurler. Comment dire, à la table de Noël, l’impensable ?

Je connaissais cet homme Mamie. Je connais ses nom, prénom et plan de carrière. Je connaissais la maison, la famille, les centres d’intérêt de ce jeune homme du même lycée que moi. Ce jour où j’ai fugué de chez mes parents pour me réfugier chez lui, c’était un ami et j’avais confiance en lui. Je me souviens très bien de la rue, du lotissement, des maisons claires entourées par leurs haies. Pendant longtemps, je n’ai pu accéder qu’à l’image de cette rue. Le reste était dans un coin de ma mémoire, inaccessible comme un objet dans les replis de la poche d’un jean.

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Je me souviens de sa chambre à l’étage, de son lit. Quand il m’a poussée de force sur le matelas pour se mettre sur moi. Je me souviens de la décharge d’adrénaline liée à la peur. Je ressens encore la douleur dans mes bras à force d’essayer de le pousser de toutes mes forces. Je me souviens de mes bras qu’il a bloqués au dessus de ma tête pour que je cesse. Faute de pouvoir me servir de mes mains, je l’ai mordu, il m’a frappée. Je n’ai cessé de dire non. Qu’est-ce qui a attiré cet homme dans la moue de peur et de dégoût gravée sur mon visage ? Il m’a embrassée de force avant de me libérer. Je suis partie.

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Je ne me souviens pas de mon retour mais je me souviens de la réaction des premières personnes à qui j’en ai parlé. Mon meilleur ami m’a demandé ce que je faisais là-bas, ce que j’avais fait pour qu’il réagisse comme ça, ce que je portais… La personne avec qui je partageais ma vie m’a quittée. On pourrait dire que ce ne sont que des idiots, qu’il y en a partout et que la majorité des gens reçoit mieux ce type de témoignage. Sauf que la réaction de la première personne mise au courant va énormément jouer dans la capacité de la victime à reparler du trauma. Il y a une manière de bien recevoir, il suffit d’écouter, de ne pas remettre en cause le récit ou la personne. Remettre en cause, c’est le rôle d’un enquêteur, pas le vôtre.

Comme c’est souvent le lot des victimes, j’ai culpabilisé. J’ai cherché à savoir ce que j’avais fait pour que cela arrive, qu’est-ce que j’aurais pu faire mieux, qu’est-ce qui a pu laisser penser que… Il se trouve que je n’aurais rien pu faire mieux. En revanche, la situation aurait pu tourner bien pire. J’ai un scoop à ce sujet : la victime parfaite n’existera jamais. D’une personne égorgée au couteau, on pourrait dire qu’elle a provoqué l’agresseur avec sa jugulaire dégagée et qu’il n’a pas pu résister. Quand on cherche une raison, on en trouve toujours pour justifier l’injustifiable. Le problème n’est pas la victime mais l’agresseur.

J’ai mis du temps à mettre des mots sur ce moment de ma vie. Pendant longtemps, j’en ai parlé froidement, comme si c’était arrivé à une autre personne, un autre moi. Aujourd’hui, on ne peut pas me saisir le visage sans que je ne me raidisse. Dix ans durant, cela déclenchait des flashs où l’on voyait passer toute l’horreur de la scène dans mes yeux. On m’a demandé pourquoi je n’ai jamais porté plainte. Après 10 ans, je pourrais sans doute encore le faire. Je me dis qu’il s’est excusé, qu’il a peut être changé. Peut-être aussi a-il fait d’autres victimes comme cela arrive.

Une femme sur cinq sera agressée sexuellement au cours de sa vie. 75 % des victimes d’agressions sexuelles connaissaient leur agresseur. On le dit trop peu. Ce ne sont que des statistiques, elles ne doivent en rien être utilisées pour minimiser le trauma ou le vécu des personnes qui sont agressées par un·e inconnu·e. Cependant, aujourd’hui en France, le meilleur moyen d’être violé·e est d’avoir une relation romantique avec quelqu’un. Vous pourriez vous dire que, ces victimes, vous n’en connaissez pas autour de vous et que ces chiffres vous paraissent invraisemblables. Avez-vous déjà posé la question à votre entourage ? Se sentirait-il assez en confiance avec vous pour en parler ? Serait-il sûr que sa parole va être bien accueillie ? Depuis que je parle plus ouvertement de cette expérience, beaucoup de femmes viennent me parler de la leur. On m’a récemment demandé si l’on guérit un jour. Oui, bien sûr, c’est juste long mais j’ai envie d’y croire.

Tout cela Mamie, je ne peux pas le mettre sur la table de Noël, mais je peux au moins essayer d’en parler à ma sœur.

Rouge Noël

Puisque c’est bientôt Noël, il me semblerait dommage de priver nos leucteurices d’un billet de saison. Il me semble donc fort à propos de parler de mes règles, mes menstrues, mon début de cycle appelez le comme vous voulez. Vous ne voyez pas le rapport ? C’est rouge, ça coûte la peau des fesses patates (Ô taxe rose mon amour…), c’est follement embêtant et ça revient périodiquement surtout quand vous n’êtes pas prêt.e. CQFD.
Le sujet avait, j’en conviens été traité par polypatate précédemment, mais je me propose de l’enrichir à ma sauce tomate.

S’il fallait résumer : mes règles, je m’en passerais bien. Pour moi, point de flux libre ou plutôt un flux trop libre faute de digues suffisantes. Aux temps fastueux où j’étais jeune (d’aucuns me croient encore jeune avec mon quart de siècle, quelle folie!), elles duraient sept jours à grand renforts d’un équipement dit « Super plus » (cynisme du marketing) à changer toutes les trois heures minimum. Adieu les nuits de huit heures à moins de vouloir se réveiller dans un bain de sang. Question douleur : je n’ai pas eu plus mal lors de ma crise d’appendicite. Nous pourrions donc comparer le phénomène à un coup de poignard si l’on en croit le corps médical.
C’est bien simple, les plus beaux jours de ma vie ont été ces six mois bénis où elles se sont arrêtées sans raison. Les médecins étaient évidemment totalement paniqués que je ne pose pas la question d’une éventuelle grossesse. Leur terreur a cessé lorsque j’ai fait remarquer qu’aux dernières nouvelles, il faut un ou des mâles pour cela et que je ne suis pas l’Immaculée conception.

La question me concerne d’autant plus que, les règles, c’est souvent dans mes relations doublement un souci. Pour peu qu’on ne soit pas coordonnées du tout et qu’elles soient longues, le sujet peut occuper 14j/mois soit, peu ou prou, 50 % du temps. Dire que certains se figurent que je vais rester abstinente la moitié de l’année, s’ils savaient… Il convient à ce stade de rappeler que la présence de règles augmente le risque de transmission de MST et que les relations FSF (pendant des HSH) n’en sont pas exemptes (chlamydia, gonorrhée et syphilis notamment). Ainsi, une fois un dépistage conjoint validé, je dois dire que je ne me prive pas quand j’ai mes règles. Ma libido n’est pas loin d’atteindre les mêmes sommets que lors de mon ovulation et le sang gorgeant les tissus donne des résultats fantastiques. Ajoutons à cela que ce genre d’activité apaise les crampes et vous obtenez une option que je m’en voudrais de ne pas explorer.

En bref, mes règles c’est comme ma responsable RH, on se déteste cordialement mais on est contraintes et forcées de bosser ensemble alors on fait avec. Vivement la ménopause et Noyons Joël !